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Quelle relation avoir avec les media ?

Lorsque la machine judiciaire s’est lancée à notre poursuite fin 2000, nous avons cherché toutes les voies et conseils possibles pour défendre notre famille. Au fur et à mesures de nos échanges avec différents avocats et responsables politiques, nous avons fait le terrible constat que personne ne comprenait les enjeux de notre situation. Certes, ils suffisait d’un quart d’heure de discussion pour ressentir une approbation morale, voire un soutien à notre « histoire ». Mais le mot « mère porteuse » revenait au galop, prononcé discrètement par nos interlocuteurs, suivi peu longtemps après par « tabou ». On nous donnait moralement raison, mais nous étions coupables d’avoir brisé un tabou. Il n’y avait aucun espace pour discuter sur la licité morale ou juridique de nos actes. Tout le monde trouvait injuste l’idée même de nous voir menacés de 4 ans de prison, mais personne ne voulait se poser la question de savoir si nous avions ou non respecté la loi. Ce sujet était verrouillé. C’est le propre d’un tabou. Il fallait le faire sauter, libérer notre parole, mais en respectant farouchement la vie privée de nos enfants.

Nous avons rencontré Blandine Grosjean, journaliste à Libération, par le biais de relations communes. Sa connaissance du sujet et son humanisme nous ont mis en confiance. Nous comprenions soudainement que nous avions la possibilité en racontant notre histoire sur le plan humain de contrebalancer l’aveuglement de l’instruction. Le reportage de Blandine a fait la Une de Libération le 11 janvier 2003. La France a découvert ébahie que la question des « mères porteuses », c’était aussi de nombreux couples qui souffrent de l’infertilité et dont certains d’entre eux, après avoir affronté mille difficultés, arrivaient à avoir des enfants. En levant le voile, Libération a brisé le tabou. Le mouvement est alors devenu inexorable.

Le 30 septembre 2004, nous avons enfin eu un « non-lieu » au pénal. Cette information a fait la une des journaux français les plus importants. Notre souhait était de faire comprendre à chacun la portée des lois françaises pour que plus jamais un seul couple n’ait à subir ce que nous avions vécu.

Le 20 décembre 2005, un jugement civil a déclaré « irrecevable » la demande du parquet d’annulation de la transcription des actes de naissance de nos enfants. Après une longue réflexion, nous avons choisi de taire cette décision favorable. Dans l’intérêt de nos enfants, nous ne voulions pas prendre le risque de déplaire au Parquet sachant que contrairement au pénal, il n’avait pas épuisé tous ses moyens de recours.

Le 25 octobre 2007, la Cour d'Appel de Paris a confirmé cette décision qui reconnaissait les droits de nos enfants. Devant la pertinence et la solidité du jugement prononcé par les juges, nous avons choisi de faire connaître cette décision favorable le plus largement possible. Il nous a semblé indispensable de montrer tous les aspects humains de la gestation pour autrui au travers de notre parcours, aspects peu souvent abordés du fait de la recherche du sensationnel par une partie des media, et d'autre part du fait de la contrainte de l'anonymat que nous partagions jusque là avec les autres couples ayant eu recours à la GPA. Cette médiatisation a soulevé un immense mouvement de soutien dans l'opinion public.

Le Parquet ayant cependant fait une demande de pourvoi en Cassation le 13 novembre 2007, nous avons compris qu’il restait une partie du chemin à parcourir et que malgré un opinion public très favorable à notre cause, les dogmes l’avaient emporté sur le réel. Nos enfants et tous ceux dans la même situation ont droit au respect de leur filiation. Cependant, la création fin 2007 d'un groupe de travail au Sénat sur la gestation pour autrui nous semble avoir été un signe prometteur pour une évolution plus équitable des lois françaises. Les journalistes, ainsi que les politiques et surtout les experts (dont ceux qui sont devenus aujourd’hui nos soutiens) qui ont permis de briser le tabou en faisant ouvrir et avancer le débat ont encore du travail, l’application du droit n’étant pas encore en phase avec les évolutions de la société. Même si la cour européenne par sa décision du 26 juin 2014 qui a condamné la France pour ne pas avoir transcrit la filiation des enfants nés par GPA et mis fin ainsi à l'abjecte discrimination que les autorités françaises faisaient peser sur ces enfants, force est de constater qu'il reste du travail à faire avec les media pour que le sujet de la GPA ne se cantonne pas à un affrontement caricatural des pours et des contres.
Nous les remercions par avance.
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